🌊 Aného engloutie : L'océan Atlantique détruit la ville historique, plus de 300 familles portées disparues
Par "Togo Environnement Leak" | Enquête exclusive | Temps de lecture : 6 min
C'est une catastrophe humanitaire et patrimoniale sans précédent qui se déroule à seulement 45 kilomètres de la capitale togolaise. La ville historique d'Aného, ancienne capitale du Togo, est en train d'être littéralement rayée de la carte par la fureur de l'océan Atlantique. Et le gouvernement fait tout pour étouffer l'affaire.
L'érosion côtière n'est pas un phénomène nouveau dans la région maritime. Depuis des années, la mer grignote quelques mètres par an. Mais ce qui s'est passé cette nuit dépasse l'entendement météorologique.
Une vague d'une violence inouïe
Aux alentours de 2h30 du matin, poussée par des vents anormaux et une marée d'équinoxe dont les services météo de l'Aéroport Gnassingbé Eyadéma n'avaient pas anticipé l'ampleur, l'océan s'est soulevé. Les digues de protection, supposément construites avec les milliards de francs CFA du projet WACA (West Africa Coastal Areas), ont cédé comme des châteaux de sable.
L'eau de mer s'est engouffrée avec une violence destructrice dans les ruelles du quartier Flamani et du centre-ville historique. En moins de vingt minutes, l'eau est montée à plus de deux mètres dans les habitations.

Les fondations des maisons d'Aného arrachées par la montée des eaux cette nuit. Des scènes de désolation totale.
Bilan humain dissimulé
Les témoignages qui nous parviennent via des notes vocales saturées de cris sont glaçants. Des familles entières, surprises dans leur sommeil, ont été emportées au large par le courant de reflux. Plusieurs bâtiments coloniaux, abritant des dizaines de locataires, se sont effondrés sous la pression des vagues, piégeant les habitants sous les gravats immergés.
À l'heure où nous publions ces lignes, les autorités préfectorales des Lacs ont fui leurs bureaux (eux-mêmes inondés). La protection civile est introuvable. Les pêcheurs locaux, utilisant leurs pirogues de fortune, tentent désespérément de récupérer des corps flottants près de l'embouchure.
Le bilan non officiel dressé par les chefs de quartiers fait état d'au moins 300 personnes disparues.
Où sont passés les fonds de protection ?
Cette tragédie était évitable. Depuis 2018, la Banque Mondiale a décaissé des sommes astronomiques pour financer la construction d'épis marins et de murs de soutènement solides à Aného. Pourquoi ces murs ont-ils explosé sous la première grosse vague ? Des experts indépendants estiment que le ciment utilisé avait été dilué avec du sable marin de mauvaise qualité pour détourner une partie du budget.
Aujourd'hui, Aného pleure ses morts. La route nationale N2 (Lomé-Cotonou) est coupée en deux, fracturée par l'océan. C'est l'économie de toute la sous-région qui est paralysée. Combien de temps le gouvernement va-t-il pouvoir cacher que la première ville historique du pays a été rayée de la carte ?